Pour me remercier de les soigner, pour me témoigner du respect, si souvent, ces jeunes détenus mettent la main sur leur coeur, empruntant ce geste bouleversant à leurs pères.... L'émotion m'étreint!


main sur le coeur
toi le banni
s'ils savaient..


Il fait très froid ce soir d'automne. Dans un bosquet protégé du vent par les hauts murs de la prison, une nuée d'oiseaux s'est réfugiée. Là, au milieu d'eux, une perruche verte perdue, sans doute échappée de sa cage?



faisant irruption
dans la cour de prison
une perruche


Ils l'attendent, ils l'attendent, ils l'espèrent, chaque semaine, chaque journée, ce courrier précieux, fil ténu les reliant encore à leurs seules raisons de vivre.....



dans la camion postal
un peu d'air du dehors
emprisonné


Nuit de janvier, vent violent transperçant tout mon être dans cette riche capitale nordique. Je rejoins à pied mon hôtel luxueux du centre ville; encore trois minutes et je serai abrité, bain chaud, tisane, réconfort... A deux pas de là, sous un abri de bus, un homme transi plonge sous sa couverture usée et trop courte.


l'hiver arrive
quitter la rue
ou mourir?


Jour de parloir, la nouvelle tombe comme un couperet: son ami, son meilleur ami, celui des douces fêtes, l'ami d'enfance, a mis fin à ses jours dans une prison voisine! Jamel ce jour là a perdu son sourire, le flamme qui dansait dans ses yeux. Je l'ai croisé devant la salle de musique, il m'a souri tristement; ce jour là, il avait programmé sa mort. A jamais inscrits dans mon coeur tous les deux ....



presque éteinte
l'envie de chanter
perpétuité


Fin des neuf heures consécutives de travail au Centre Pénitentiaire; immense bouffée d'oxygène tant attendue. Mais où se cache le lune distribuant généreusement sa douce clarté, où est elle donc? Cachée par un ballon de foot, resté prisonnier des barbelés. Jusque dans le ciel des entraves à la liberté ?


dans les barbelés
un ballon de foot immobile
cache la lune


Rien, rien ne peut faire obstacle à l'amour. Il se rit des barrière, des interdits des conventions.... Souffle: il s'envole!


jour de parloir
étreintes interdites
la mer dans tes yeux


Un détenu me supplie de lui prêter mon téléphone," deux minutes"pour entendre la voix de l'aimée. Il n'en peut plus de ce silence, dépérit, étouffe. Il argumente, explique, veut me convaincre à tout prix, espère me faire basculer, réitère sa demande, exige, tempête, et malgré tout cela essuie mon refus, imposé par le règlement. Damnée mon âme?


juste une parole
suspendue au bord du vide
pour toi aujourd'hui


Cet après midi j'ai soigné un jeune patient au sourire radieux. Chaque fois qu'il me visite, je crois que je lui pose la même question "vous sortez bientôt ?" Il me répond invariablement "dix ans", à quelques mois près. Un ange? en tous cas, des yeux remplis d'étoiles. Il est tant et tant de détenus, que je voudrais savoir à nouveau libres; victimes pardonnez moi...


nombreuses années
d'emprisonnement
le ciel tout près


Ma télé trop de café, ne dort plus! Litres, litres de café consommés sans modération, nécessaires pour pouvoir réagir, pour se tenir éveillés, pour ne pas sombrer définitivement dans une léthargie funeste, en cellule.



ma télé
seule compagne
parle fort


Je l'ai trouvé le long d'une route départementale, vieux sac de sport, chaussures éculées, tête baissée: un jeune homme. Il allait visiter sa mère, ses soeurs, retrouvées depuis peu, après des années de misère, de placements, de séparations, de rupture. Infinie distance de 50 km à pied. Sans bus: ticket trop cher; sans tendre le pouce: trop dangereux; sans carte routière: trop difficile à lire; sans eau, pas pensé ... Mais qu'importe?


enfant de nulle part
plus de famille ni de maison
immensité du ciel


Leurs couples évoqués par des coeurs tatoués, esquissés ou peints avec le plus grand soin. Coeurs raturés, effacés, rougis, noircis, transpercés, mal cicatrisés, transformés, recomposés ou bien, restés tout neufs.


sur son torse dénudé
un prénom et un coeur enlacés
trop tard